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Taille modeste d’un géant (Jimmy Giuffre)

02/04/2013

Un géant, mais tout petit, de telle façon que personne ne se rend compte.

Le premier auquel j’aimerais parler si je pouvais tous les rencontrer, même morts, surtout morts, le premier serait Jimmy Giuffre. Son visage tiré, dévoré de tension, me fait un peu peur. Ça ne doit pas être drôle de se faire rembarrer par Jimmy Giuffre. Mais tout de même c’est le premier que j’irais voir parce que sa musique est comme une carte pour s’orienter dans le jazz des années 50 aux années 90, parce que ce type était dedans avec tout le monde, mais d’une façon tout à fait discrète, et sans que personne ne s’en rende compte, parce que sa musique respire l’intelligence.

Oui, l’intelligence.

Et pourquoi donc une musique ne pourrait pas être intelligente ? En plus du reste, belle, swingante (discrètement, mais sûrement), inventive, maligne, émouvante, tout ce que vous voulez, et ça encore : qu’il y a de l’intelligence en musique, et que Jimmy Giuffre le montre.

Son sourire tiré, sa ligne de cheveux qui recule sur le front, son air raide sur la scène, ses costumes étriqués et nets, sa voix pressée, ce son de clarinette droit et si rond, modulé, maîtrisé mais sans fadeur, plein d’énergie tranquille. Sa façon durant cinquante ans de s’être frotté aux formes existantes et d’avoir cherché plus loin sans jamais perdre sa retenue et son élégance. Alors que le jazz commence à prendre la mesure de la révolution Free annoncée par Ornette Coleman, il enregistre en trio avec Paul Bley et Steve Swallow une musique d’échanges improvisés, une musique d’une liberté de ton totale, mais qui reste aussi totalement mesurée, qui reste fidèle à cette douceur et à cette mesure présente partout dans son oeuvre. Personne n’y comprend rien, alors.

Il y a cette chose, on la nomme third stream. Peu importe. Synthèse de ce que la musique contemporaine inventait et ce que le jazz inventait. Consonance originale et délicate. Free Fall, radical tranquille.

http://grooveshark.com/#!/album/Free+Fall/8774557

Je n’arrive pas à faire le lien entre ce visage-là et cette musique-là. J’écoute et j’essaye.

Le piano de Paul Bley n’y est pas pour rien. Nous en parlerons une autre fois.

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