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Shtetl, commencement sans origine (Zorn)

07/04/2013

Les grandes choses, on ne saurait en chercher le début. Elles apparaissent, elles sont là, elles ne commencent pas véritablement. Déterminer les origines nous passionne, mais cela ne marche pas, pas comme ça, pas précisément. Penser qu’en un lieu et en un temps quelque chose radicalement vit le jour qui n’était pas là auparavant, nous rassure. Nous rassure ? Le mystère des origines. Peut-être comme écrit Quignard la trace du mystère de notre naissance, de notre conception qui déborde notre naissance. Peut-être signe de notre incapacité à appréhender le temps sous la forme de la continuité. Nous voudrions que cela commence alors que rien ne commence, alors que le commencement est une intéressante abstraction théorique dont nous ne comprenons pas – le commencement, justement.

Bref. Le jazz. Le Jazz n’a pas de commencement. L’effort de parcourir son histoire montre que rien n’y débute jamais. Reprises, progressions, intuitions, formes primitives, efforts, retours en arrière, réminiscences, coups de sonde, tentatives, erreurs fructueuses, hasards sans doute. Un plat de lignes molles. Des noeuds. De la nouveauté sans cesse, de l’invention sans cesse. Des formes, des sons, des discours, et ce flux flot continu de musiques. Oui. Mais de début point, et à rien point. Des dates d’enregistrement. Elles ne nous disent pas ce qui commence, seulement ce qui a lieu. Elles nous disent qu’en un temps en un lieu se produisit un fait.

Il n’y a pas de jazz, et puis il y a du jazz. Faits. Le jazz ne débute pas. Fait.

Il y a du jazz pourtant, je peux dire pour moi, d’une façon tout à fait précise. Depuis un moment où le début a été absorbé, dissous, dans la chose elle-même, le début du jazz se confondant avec le jazz dans un commencement qui commence à mesure qu’il se poursuit et commence de partout et tout le temps partout où il arrive. C’était en juillet 2011, à Berlin. Au sortir du très insupportable musée Juif. Architecture de tombeau trop lourdement signifiante pour être en plus habitée + contenu d’un absurde cynisme (le Juif Allemand, cette espère disparue, sa vie, ses mœurs, son habitat naturel, le tout avec une précision ethnologique répugnante). Au sortir de là donc, dans le Kollegienhaus qui borde la construction nouvelle, se tenait une exposition consacrée à la Radical Jewish Culture. Dans la salle déserte donnant sur cette exposition sonore, jouait Shtetl, première pièce de l’album Kristallnacht de Zorn.

http://grooveshark.com/s/Shtetl+Ghetto+Life/4CXBfS?src=5

Drôle de façon de commencer, drôle de confusion, sans doute, mais c’est mon début, ce n’est pas le début, ce n’est l’origine de rien.

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