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Ritournelle à fleurs rouges (Ahmad Jamal)

01/05/2013

Standard, ritournelle, piano. Poinciana.

 

D’abord un arbre, des fleurs rouges si rouges, le poinciana, delonix regia. On l’appelle le flamboyant. Il n’aime pas le froid. Un arbre rouge venu avec ses fleurs rouges de Madagascar jusque Cuba pas encore rouge. Un air cubain devenu chanson, une chanson devenue standard. Des fleurs rouges tombent dans le piano d’Ahmad Jamal. Il joue avec, il joue rouge.

 

Le piano, toutes ses touches, toutes ces notes, tout ce poids, cette aura des pianistes, plus musiciens que les autres. Meilleurs que quoi. Meilleurs à quoi. Le piano, cette vache de bois lourde posée à quatre pattes au milieu des oiseaux petits et grands du jazz, de ses ours, ou de la tribu sèche et vive de la batterie. Le piano, quel encombrement, quelle présence. Et ces pianistes plus virtuoses encore que tout le reste : plus vite, avec moins de notes, une main par-dessus l’autre, plutôt sur le haut, le bas ou le milieu du clavier, les arpèges, toute cette gymnastique. Ce serait épuisant si ça ne marchait pas si bien. Ce serait insupportable si le piano n’avait trouvé sa place dans la section rythmique du  quintet des années 40. Modeste et énorme compagnon de la batterie (qui se frappe, comme les touches) et de la contrebasse (qui porte aussi quatre lignes de métal). Ce serait insupportable si de tout cet amas énorme de cordes et de cadre, de bois de métal, et de pédales, si de toutes ces noires et blanches ne venait de la musique.

 

Ahmad Jamal et Poinciana, faire danser la vache. Une sale petite ritournelle, assez laide, un air de danse et de chanson dérobé à Cuba et puis trituré, mis au goût du jour et puis travaillé par cette alchimie déformante des standards. Partir tous de la même chose, très peu de chose, mais quelle est cette chose. Puis chacun arrive où il veut. La trace de tout cela, c’est un standard. Mettez-lui un nez rouge, posez-le sur la tête, étirez-le, raccourcissez-le, peignez-le en bleu en mauve en vert, faites-le maigrir, poussez-le au désespoir, trempez-le dans l’eau, trempez-le dans l’huile, il reste ce qu’il est. Un standard encore.

 

Ahmad Jamal se saisit de Poinciana et le joue et l’enregistre durant 50 ans, injecte assez d’avant-gardisme dans sa virtuosité pour donner à cette musique de bar une liberté qu’elle ne promettait pas. Ahmad Jamal aime bien parfois, au bord de l’ostinato, soutenir une note un peu plus longtemps qu’il ne serait convenable. Parfois aller se perdre dans les graves. Parfois fourrer un motif avec une diversion. Faire des détours. Truquer le rythme de la ritournelle. Une anamorphose de quarante ans. Poinciana, faire fleurir le piano, le faire rougir.

Une version parmi d’autres, inaugurale

http://grooveshark.com/s/Poinciana/4E1gxW?src=5

Il suffit de se promener sur Grooveshark pour vérifier à quel point la chanson qui sert de base à ce standard est une laide chose.

 

 

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